Escapade littéraire à Marseille. La ville de naissance de Max-Philippe Delavouët, a été choisie en hommage pour le 25ème anniversaire de sa disparition : îles du Frioul, Vieux Port vu du Pharo, tour de la Corniche, la Vieille-Chapelle, promenade vers les Goudes et arrêt face à l’île Maïre.

Marseille-les Iles

Marseille-les Iles

Que la mar vèngue emai revengue, que lou tèms,
un cop la niue, un cop lou jour, bate la terro
e, tambèn, ersejant au cèu que lou countèn,
dis aigo retipant la testardo coulèro,
à grand bacèu d’oumbro e de lus,
l’ome, sablo tambèn, lou gausigue à noun plus…

Que la mer vienne et revienne, que le temps,
une fois la nuit, une fois le jour, batte la terre
et, faisant ses vagues au ciel qui le contient,
reflétant la colère têtue des eaux,
à grands coups d’ombre et de lumière,
use indéfiniment l’homme, sable lui aussi…

Extrait de Pouèmo pèr Evo (Poème pour Eve, Pouèmo I, p.38) dit par l’auteur (avec un extrait de l’adagio de la sonate Pathétique de Beethoven)

Traduction du texte :

Que la mer vienne et revienne, que le temps,
une fois la nuit, une fois le jour, batte la terre
et, faisant ses vagues au ciel qui le contient,
reflétant la colère têtue des eaux,
à grands coups d’ombre et de lumière,
use indéfiniment l’homme, sable lui aussi ;

que tout le rythme du monde autour de moi
s’en donne à cœur joie, puisque je suis justement cet homme ;
que tout cela, sans repos, me racle à vif ;
que le temps dans mon sang avant qu’il ne m’endorme un jour,
emprisonné là pour ma vie,
pour en sortir donne ses coups jusqu’au dernier ;

que tout cela soit sans nul sens, que tout cela
se soit fait une vérité de sa force,
que l’homme soit là pour recevoir les coups
et qu’il se fasse battre sans trop comprendre,
qu’il ne sache pas quel sera son but, après,
quand il sera sous la terre et l’ombre du cyprès ;

qu’il devienne, sous la terre, une grande cage d’ossements
où, comme un oiseau mort, un cœur se parchemine,
quand, se changeant en vers et le rongeant comme un bois,
le temps, toujours le temps, à jamais l’anéantit
moi, mort demain et aujourd’hui étrillé,
le temps ne m’empêche pas, moi l’homme, de parler.

 

Mar di milo camin, mar duberto en ventau,
quand la duerbe dóu nas, quand s’avasto e regisclo,
que gardara d’aquel espousc moun cor mortau ?
Balin-balan, d’aqui-d’eila, turtant lis isclo
m’en vau toujour bouscan lou friéu
vers l’unique camin di terro que voudriéu.

Mer aux mille chemins, mer ouverte en éventail,
quand je la fends de mon étrave, quand elle s’épand et jaillit,
que gardera de cette éclaboussure mon cœur mortel ?
De-ci, de-là me balançant, heurtant les îles,
je vais toujours cherchant le passage
vers l’unique chemin des terres désirées.

Ço que Tristan se disié sus la mar — Ce que Tristan se disait sur la mer, Pouèmo I, p. 186.

 

Lou vènt de moun desir pòu veni ventoulet
que, buta pèr lou vanc d’uno aussado tranquilo,
pode ameina la velo e passa lou goulet :
aro, au darnié pourtau, m’avance vers ma vilo
e trouve enfin lou port preclar
souto l’arco de cèu que joun dous castelar.

Le vent de mon désir peut devenir vent plus doux
puisque, poussé par l’élan d’une houle tranquille,
je puis amener la voile et passer le goulet :
maintenant, au dernier portail, je m’avance vers ma ville
et trouve enfin le port lumineux
sous l’arche de ciel qui relie deux châteaux forts.

Ouresoun de l’Ome de vèire — Oraison de l’Homme de verre, Pouèmo IV, p. 118.

 

Calanco entredurbido entre vòsti testau,
d’un clot d’eigueto molo à l’aucèu farés douno.
Quete recatadou capitarai antau ?
Troubarai-ti lou port ounte l’erso abandoun
sa coulèro sus lis estèu
un cop que pòu plus mordre e l’ome e lou batèu ?

Calanques entrouvertes entre vos promontoires,
vous donnerez à l’oiseau un havre d’eau aisible.
Quel refuge trouverai-je, moi aussi ?
Trouverai-je le port où la vague abandonne
sa colère sur les récifs
lorsqu’elle ne peut plus mordre et l’homme et le bateau ?

Ço que Tristan se disié sus la mar — Ce que Tristan se disait sur la mer, Pouèmo I, p. 180.