Catégorie : Escapades littéraires

Escapades littéraires

Les escapades littéraires ont été initiées par le Centre Mas-Felipe Delavouët en 2007. Elle permettent aux adhérents de découvrir des lieux qui ont inspiré le poète. Des lectures, ponctuant les déambulations, donnent à voir ces paysages à travers la parole de l’auteur.

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Marseille (2015)

Escapade littéraire à Marseille. La ville de naissance de Max-Philippe Delavouët, a été choisie en hommage pour le 25ème anniversaire de sa disparition : îles du Frioul, Vieux Port vu du Pharo, tour de la Corniche, la Vieille-Chapelle, promenade vers les Goudes et arrêt face à l’île Maïre.

Marseille-les Iles

Marseille-les Iles

Que la mar vèngue emai revengue, que lou tèms,
un cop la niue, un cop lou jour, bate la terro
e, tambèn, ersejant au cèu que lou countèn,
dis aigo retipant la testardo coulèro,
à grand bacèu d’oumbro e de lus,
l’ome, sablo tambèn, lou gausigue à noun plus…

Que la mer vienne et revienne, que le temps,
une fois la nuit, une fois le jour, batte la terre
et, faisant ses vagues au ciel qui le contient,
reflétant la colère têtue des eaux,
à grands coups d’ombre et de lumière,
use indéfiniment l’homme, sable lui aussi…

Extrait de Pouèmo pèr Evo (Poème pour Eve, Pouèmo I, p.38) dit par l’auteur (avec un extrait de l’adagio de la sonate Pathétique de Beethoven)

Traduction du texte :

Que la mer vienne et revienne, que le temps,
une fois la nuit, une fois le jour, batte la terre
et, faisant ses vagues au ciel qui le contient,
reflétant la colère têtue des eaux,
à grands coups d’ombre et de lumière,
use indéfiniment l’homme, sable lui aussi ;

que tout le rythme du monde autour de moi
s’en donne à cœur joie, puisque je suis justement cet homme ;
que tout cela, sans repos, me racle à vif ;
que le temps dans mon sang avant qu’il ne m’endorme un jour,
emprisonné là pour ma vie,
pour en sortir donne ses coups jusqu’au dernier ;

que tout cela soit sans nul sens, que tout cela
se soit fait une vérité de sa force,
que l’homme soit là pour recevoir les coups
et qu’il se fasse battre sans trop comprendre,
qu’il ne sache pas quel sera son but, après,
quand il sera sous la terre et l’ombre du cyprès ;

qu’il devienne, sous la terre, une grande cage d’ossements
où, comme un oiseau mort, un cœur se parchemine,
quand, se changeant en vers et le rongeant comme un bois,
le temps, toujours le temps, à jamais l’anéantit
moi, mort demain et aujourd’hui étrillé,
le temps ne m’empêche pas, moi l’homme, de parler.

 

Mar di milo camin, mar duberto en ventau,
quand la duerbe dóu nas, quand s’avasto e regisclo,
que gardara d’aquel espousc moun cor mortau ?
Balin-balan, d’aqui-d’eila, turtant lis isclo
m’en vau toujour bouscan lou friéu
vers l’unique camin di terro que voudriéu.

Mer aux mille chemins, mer ouverte en éventail,
quand je la fends de mon étrave, quand elle s’épand et jaillit,
que gardera de cette éclaboussure mon cœur mortel ?
De-ci, de-là me balançant, heurtant les îles,
je vais toujours cherchant le passage
vers l’unique chemin des terres désirées.

Ço que Tristan se disié sus la mar — Ce que Tristan se disait sur la mer, Pouèmo I, p. 186.

 

Lou vènt de moun desir pòu veni ventoulet
que, buta pèr lou vanc d’uno aussado tranquilo,
pode ameina la velo e passa lou goulet :
aro, au darnié pourtau, m’avance vers ma vilo
e trouve enfin lou port preclar
souto l’arco de cèu que joun dous castelar.

Le vent de mon désir peut devenir vent plus doux
puisque, poussé par l’élan d’une houle tranquille,
je puis amener la voile et passer le goulet :
maintenant, au dernier portail, je m’avance vers ma ville
et trouve enfin le port lumineux
sous l’arche de ciel qui relie deux châteaux forts.

Ouresoun de l’Ome de vèire — Oraison de l’Homme de verre, Pouèmo IV, p. 118.

 

Calanco entredurbido entre vòsti testau,
d’un clot d’eigueto molo à l’aucèu farés douno.
Quete recatadou capitarai antau ?
Troubarai-ti lou port ounte l’erso abandoun
sa coulèro sus lis estèu
un cop que pòu plus mordre e l’ome e lou batèu ?

Calanques entrouvertes entre vos promontoires,
vous donnerez à l’oiseau un havre d’eau aisible.
Quel refuge trouverai-je, moi aussi ?
Trouverai-je le port où la vague abandonne
sa colère sur les récifs
lorsqu’elle ne peut plus mordre et l’homme et le bateau ?

Ço que Tristan se disié sus la mar — Ce que Tristan se disait sur la mer, Pouèmo I, p. 180.

 

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Aigues-Mortes (2014)

Escapade littéraire via la Camargue vers Aigues-Mortes, lieu de la Cansoun de la mai auto Tourre. Après avoir traversé le Rhône sur le bac de Barcarin, longé l’étang du Vaccarès (avec des lectures de Joseph d’Arbaud), fait une halte à l’église des Saintes-Maries-de-la-Mer (avec des lectures de Frédéric Mistral), arrivée à Aigues-Mortes.

 

Vilo di vendemiaire en raro di palun
te noume d’un vièi noum tout bagna d’aigo morto.

Ville des vendangeurs sur le bord des marais
je te nomme d’un vieux nom tout mouillé d’eaux mortes.

(Cansoun de la mai auto Tourre — Chanson de la plus haute Tour, Pouèmo I, p. 168.)

 

 Ansin parlo lou prince à la tourre acouida…

Ainsi parle le prince à la tour accoudé…

(Cansoun de la mai auto Tourre — Chanson de la plus haute Tour, Pouèmo I, p. 134, 142, 156, 166.)

Soulet lou crid dóu tourdre anounciara l’autouno…
Dóu founs dis ouro morto ausisse soun quilet
Qu’à la mai auto tourre e me sono e m’atrivo.
Quand l’arquié vèi la luno au dessus di merlet…

Seul le cri de la grive annoncera l’automne…
Du fonds des heures mortes, j’entends son cri aigu
qui m’appelle et me pousse à la plus haute tour.
Quand l’archer voit la lune au-dessus des créneaux…

(Cansoun de la mai auto Tourre — Chanson de la plus haute Tour, Pouèmo I, p. 132.)

Tau lou pilot sousprés sout sa velo inmoubilo,
que s’areno, sènt plus soun carenau nada
e que, soul sus la pro douminant touto uno ilo,
dèu dire tourre à son batèu,
tau lou prince se tanco au cimèu dóu castèu.

Tel le pilote, surpris sous sa voile immobile,
qui s’ensable, ne sent plus nager sa carène,
et, seul sur la proue dominant toute une île,
doit appeler « tour » son bateau,
tel le prince s’immobilise au sommet du château.

 

(Cansoun de la mai auto Tourre — Chanson de la plus haute Tour, Pouèmo I, p. 166.)

Pastiero pleno à bord, vers la vilo, li càrri
soun revengu pèr li camin de caladat
e touto la vendèmi es jouncho dins li bàrri…

Sous leurs corbeilles débordantes, vers la ville, les chars
sont revenus par les chemins de pierres
et toute la vendange est resserrée dans les remparts…

 

(Cansoun de la mai auto Tourre — Chanson de la plus haute Tour, Pouèmo I, p. 134.)

 

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Descente du Rhône (2013)

Escapade sur le Rhône d’Avignon à Arles, dans le sillage du poème de Histoire du Roi mort qui descendait le fleuve,  accompagnée de lectures tout au long du trajet.

O flume, lié reiau de touto reiauta !
recampes tout soulèu i reco de la terro
que touto aigo vers tu adus touto clarta !
Fau qu’atrives tambèn lou rei mort e la sero
pèr li counfoundre ensèmble au clot
di ribo abouscassido ount cascaioun ti flot.

Ô fleuve, lit royal de toute royauté,
tu recueilles tout soleil aux ravins de la terre
puisque toute eau vers toi apporte toute clarté !
Il faut que tu attires pareillement le roi mort et le soir
pour les confondre ensemble au creux
des rives boisées où clapotent tes flots.

Istòri dóu Rei mort qu’anavo à la desciso — Histoire du Roi mort qui descendait le fleuve, Pouèmo II, p. 122

Davales, tranquilas… Passes, o rèi, davans
de baselico en flour ount plouron de béulòli ;
e creson, li creserèu, que i’a de trevan
pèr ploura quauque rèi d’uno autro metroupòli
que vèn, esprès, de vira l’iue
pèr navega davans sa vilo à miejo-niue.

Tu descends, fort paisible… Tu passes, ô roi, devant
des basiliques en fleurs, où pleurent des chats-huants ;
et croient, les crédules, qu’il est des esprits
pour pleurer quelque roi d’une autre métropole
qui vient d’expirer tout exprès
pour naviguer devant leur ville à la minuit.

 

Passes, o rèi, davans de tourre e de dounjoun
ount d’astroulò passon sa man dedins sa barbo
sèns coumprene jamai quete liame rejoun
lis astre pèr sa coueto e n’en sarra la garbo
sèns que ié toumbe sus lou su
e quau pòu la teni d’un poung tant calossu…

Tu passes, ô roi, devant des tours et des donjons
où des astrologues passent leur main dans leur barbe
sans comprendre jamais quel lien réunit
les astres par la tige pour en serrer la gerbe
sans qu’elle leur tombe sur la tête
et qui peut bien la tenir d’un poing si musculeux…

Istòri dóu Rei mort qu’anavo à la desciso — Histoire du Roi mort qui descendait le fleuve, Pouèmo II, p. 126

Fin qu’au soulèu canto soun oumbro is Aliscamp,
e noun tapon li vènt ni lis aigo clarino
la memòri d’un rèi qu’eterniso soun cant.
Ansin dessus li mar volo l’aiglo marino
que seguis li vènt alisa
sèns trouba l’autro ribo ount poudrié se pausa.

Jusqu’au soleil chante son ombre aux Alyscamps,
et ni les vents ni les eaux à voix claire ne recouvrrent
la mémoire d’un roi que son chant éternise.
Ainsi, sur les mers, vole l’aigle marin
qui suit les vents alizés
sans trouver l’autre rive où il pourrait se poser.

Istòri dóu Rei mort qu’anavo à la desciso — Histoire du Roi mort qui descendait le fleuve, Pouèmo II, p. 134
Le Pont-Flavien de Saint-Chamas

Le long de la Touloubre (2012)

Escapade littéraire sur le parcours du Cortège de la Belle Saison (Grans, Cornillon, la Touloubre, Pont-Flavien, Petite Camargue de Saint-Chamas).

Éu pourtavo sa roso ardento e si raioun,
en bouscant quauque amour qu’èro encaro de soubro
dins un pantai de vilo eila vers Cournihoun…
eavaucavo de long l’enfuiado Touloubro
e tremudavo en paradis
à l’aflat de sa flour li pus pàuri pendis.

Il portait sa rose ardente et ses rayons
en cherchant quelque amour qui demeurait encore
dans un rêve de ville, là-bas, vers Cornillon…
Il chevauchait le long de la Touloubre enfeuillée
et, sous l’influence de sa fleur,
il transmuait en paradis les plus pauvres côteaux.

Pèiro escricho de la Roso — Pierre écrite de la Rose, Pouèmo II, p. 102.
 

I’a lou valat de la baisso que vai lou long
la draio mounte vas, o prince, emé ta colo ;
quouro vènen travers, lou passes sus un pont
e devistes alor au founs dis aigo folo
li r
óugi cor, li drapèu blanc
ansin qu’uno bugado estampado de sang.

Il y a le ruisseau de la vallée qui accompagne
le chemin où tu vas, ô prince, avec ta troupe ;
lorsqu’il vient en travers, tu le passes sur un pont
et tu discernes alors au fond des folles eaux
les rouges cœurs, les drapeaux blancs
ainsi qu’une lessive estampée de sang.

Courtege de la bello sesoun — Cortège de la belle saison, Pouèmo I, p. 74.

 

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Glanum et Vernègues (2011)

Escapade littéraire à Glanum et Château-Bas, avec des lectures du Chant VII du Cant de la tèsto pleno d’abiho (Chant de la tête pleine d’abeilles).

Mounte soun li bèu diéu dins lou maubre esculta
e lou pastre grava dins la lauso arcaïco ?
An toumba dins l’óublit sènso mai resista
e li pèis couëjant subre sa mousaïco
            se soun nega, pres au fielat,
dins un grand oucean pèr la niue coumoula.
 

Où sont les beaux dieux dans le marbre sculptés
et le berger gravé dans la dalle archaïque?
Ils sont tombés sous l’oubli sans autre résistance
et les poissons remuant la queue sur leur mosaïque
se sont noyés, pris au filet,
dans un grand océan comblé par la nuit.

Cant de la tèsto pleno d’abiho — Chant de la tête pleine d’abeilles, Pouèmo V, p.  106

 

Eu, de l’estounamen sènt sis iue se gounfla
que tant de maubre à bóudre e de test de téulisso,
tant de coulouno routo e de pourtegue ascla
ié vènon remembra lis oustau long di liço
               e, dins li tros d’un quiéu-de-four,
la baselico en glòri à la crous dóu cafour.

Lui, de l’étonnement, sent ses yeux se gonfler,
car tant de marbres épars et de tessons de toitures,
tant de colonnes brisées et de portiques lézardés
lui viennent rappeler les maisons le long des avenues
et, dans les fragments d’une abside,
la basilique en gloire à la croix du carrefour.

Cant de la tèsto pleno d’abiho — Chant de la tête pleine d’abeilles, Pouèmo V, p. 102

 

 

« Perqué — se pènson — sian aqui tóuti rejoun
coume au claus de sa jasso un rai de moutounaio
o coume dins sa tourre un nivo de pijoun ?
Au mai prefound dóu cor quet rampèu de sounaio
             o quet istint bèn mai qu’anti
dins li mémi rampar nous amoulouno-ti ? »

« Pourquoi — pensent-ils — sommes-nous là tous réunis
comme au milieu de sa bergerie un troupeau de moutons
ou comme dans leur tour une nuée de pigeons ?
Au plus profond du coeur quel appel de sonnaille
ou quel instinct bien plus qu’antique
dans les mêmes remparts vient-il nous rassembler ? »

 

Belèu n’es rèn, proumié, que, di roco espilant,
l’aigo sènso sournun d’uno font miraclanto :
e la chourmo póussouso e lasso d’ana plan,
un jour, à bout d’alen, pèr s’abéura s’aplanto.
               Se dison pièi, li vouiajour,
que poudrien viéure à ras d’aquelo aigo, toujour.

Peut-être n’est-ce rien, d’abord, que, coulant des roches,
l’eau sans ombres d’un fontaine miraculeuse :
et la horde poussiéreuse et lasse d’avancer lentement
un jour, à bout de souffle, pour s’abreuver s’arrête.
Les voyageurs se disent alors
qu’ils pourraient, pour toujours, vivre auprès de cette eau.

Cant de la tèsto pleno d’abiho — Chant de la tête pleine d’abeilles, Pouèmo V, p.  104

 

 

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Marseille (2010)

Escapade littéraire à Marseille avec sortie en mer. Lectures extraites de : Pouèmo pèr Evo, ço que Tristan se disié sus la mar, Lusernàri dou cor flecha, Ouresoun de l’Ome de vèire.

 

 

Que countèmple uno vóuto, en aplanant moun vanc,
mis isclo, mi belòri à l’escrin de la rado !
Que je contemple un moment, en arrêtant ma course,
mes îles, mes joyaux à l’écrin de la rade !

Ouresoun de l’Ome de Vèire – Oraison de l’Homme de Verre, Pouèmo IV, p. 114

 

Darnié li mast tapant d’un mesclun de fourèst
tant veissèu prefoundié que beto de pescaire,
darnié li quèi garni de banasto e d’arrèst,
de la gleiso dóu founs à-n-aquéli de caire,
vese un bàrri d’oustau levant
si bigado en pavés autour de l’arrivant.

Derrière les mâts recouvrant d’un fouillis de forêt
aussi bien vaisseaux de grand tirant d’eau que barques de pêcheurs,
derrière les quais encombrés de corbeilles et de filets,
de l’église du fond à celles qui sont par côtés,
je vois un rempart de maisons élevant
leurs lessives en pavois autour de l’arrivant.

Ouresoun de l’Ome de Vèire – Oraison de l’Homme de Verre, Pouèmo IV, p. 118

Lou pouèmo que dise es uno grando flour
que s’emparo d’un cor, pièi un cor estalouiro
dins un rond que fai naisse un round mai vaste autour.
Ansin la mar fin qu’à si ribo se doulouiro,
en tremudant en flot cantant
lou mau incouneigu que brèsso en soun mitan.

Le poème que je dis est une grande fleur
qui s’empare d’un cœur pour le répandre ensuite
en un un rond qui fait naître un rond plus vaste autour.
Ainsi la mer jusqu’à ses rives se lamente,
en transmuant en flots chanteurs
le mal sans nom qu’elle berce au milieu d’elle.

Ço que Tristan se disié sus la mar — Ce que Tristan se disait sur la mer, Pouèmo I, p. 210

 

En Camargue (2009)

Aigues-Mortes, tour de Constance et rempart

Aigues-Mortes, tour de Constance et rempart

 

Escapade littéraire en Camargue, avec des lectures de textes de Folco de Baroncelli, Joseph d’Arbaud, Frédéric Mistral et, pour Max-Philippe Delavouët, à Saint-Gilles : des textes inédits d’Images romanes de Provence ; à Aigues-Mortes : extraits de la Cansoun de la mai auto Tourre (Chanson de la plus haute Tour).

Saint-Gilles

Is escultour rouman
qu’an sachu de sa man
dire de Diéu l’image,
la Maire emai l’Enfant,
lou courtège que fan
lou bestiàri e li Mage.

Aux sculpteurs romans
qui ont su de leur main
dire de Dieu l’image,
la Mère et l’Enfant,
le cortège que font
les bêtes et les Mages.

Images romanes de Provence (inédit)

 

Aigues-Mortes

 

E iéu, de que siéu mai qu’un vihaire un pau las
que guèiro dins sa gàbi e vèi l’aubo avans éli.
Pèr
óublida, moundaut, la niuechado e soun glas,
ruso de prince es de sourrire e d’agué l’iéli
Au resvèi dis ome dirai
coume èron bèu li moustre au païs de l’esfrai.

 
Et moi, qui suis-je ? Sinon un veilleur un peu las
qui guette dans sa hune et voit l’aube avant eux.
Pour oublier là-haut la nuit et sa froidure,
ruse de prince est de sourire et d’avoir bon courage.
Au réveil des hommes je dirai
combien étaient beaux les monstres au pays de l’effroi.

 Cansoun de la mai auto Tourre — Chanson de la plus haute Tour, Pouèmo I, p. 168

 

Vers Arles (2008)

Escapade vers Arles en passant par les chapelles romanes de Saint-Gabriel et de Sainte-Croix à Montmajour (lectures extraites du Cantique pour notre Âme romane). Arles, les arènes, Saint-Trophime, le Rhône, les Alyscamps (lectures tirées du Petit Zodiaque illustré, Poème pour Ève, inédits d’Images romanes de Provence, Histoire du Roi Mort qui descendait le Fleuve).

Saint-Gabriel

E coumo lou divin demouro famihié !
Vòsti sant an memo caro que nòsti pastre,
e coumo Evo, moun Diéu, sèmblo nòsti mouié !
E coumo Adam nous sèmblo à travès si malastre !
Es, moun Diéu, qu’en plen vènt avèn mes l’ataié
              e que la glòri nostro
nautre l’avèn retracho en racountant la vostro. 

Et, combien le divin demeure familier !
Vos saints ont mêmes visages que nos bergers,
et combien Ève, mon Dieu, ressemble à nos femmes !
Et combien Adam nous ressemble à travers ses malheurs !
C’est, mon Dieu, qu’en plein air était notre atelier
et que notre gloire, nous,
nous l’avons retracée en racontant la vôtre.

Cantico pèr nosto Amo roumanoCantique pour notre Âme romane

Montmajour, Sainte-Croix

E, moun Diéu, quauco part, en Arle, en Avignoun,
vuei qu’un travai bèn fa devèn causo poussiblo
d’abord que siéu à mand d’èstre un bon coumpagnoun
e que, pèr lou cisèu, pode leissa la tiblo,
sus lou gres de mi vièi engrave voste noun
          pièi, alentour, ié crose
lou blad de moun vilage emé la flour de Rose. 

Et, mon Dieu, quelque part, à Arles, à Avignon,
maintenant qu’un travail bien fait devient possible
puisque je suis sur le point d’être un bon compagnon
et que, pour le ciseau, je puis laisser la truelle,
sur la pierre de mes aïeux je grave votre nom
puis, autour, j’y enlace
le blé de mon village et la fleur du Rhône.

Cantico pèr nosto Amo roumano — Cantique pour notre Âme romane

Arles

Dise : vilo, ma vilo ! e te vese, eilabas,
coumo uno isclo que l’or d’uno ersejado doublo,
tant pèr cèu que pèr terro, embrumo si roucas.
Vilo dei meissounaire ensarrado d’estoublo,
         ai jamai sachu  demescla
se sentien, teis oustau, lou soulèu o lou blad. 

Je dis : ville, ma ville ! Et je te vois au bord de la vallée
comme une île dont l’or d’un double élan de vagues,
venu du ciel aussi bien que de la terre, embrume les rochers.
Ville des moissonneurs tout entourée d’éteules,
je n’ai jamais su démêler
si tes maisons sentaient le soleil ou le blé.

Lou Pichot Zoudiaque ilustra : Lou Lioun — Le Petit Zodiaque illustré : Le Lion, Pouèmo II, p. 154

Le long de la Touloubre (2007)

Escapade sur les lieux d’inspiration de La Danse de la Pauvre Ensoleillée, du Cortège de la Belle Saison et du Lucernaire du Cœur Fléché.

Historique des lieux et lectures in situ : la Fontaine, Grans et sa rivière, Cornillon, l’oppidum de Constantine, l’Etang, le Pont-Flavien, Saint-Chamas, le port, les maisons troglodytes, puis l’étang de l’Olivier, celui d’Entressen et la Crau.

Un des arcs encadrant le Pont-Flavien

La Touloubre près de Grans

Lou loung d’uno ribiero en aquéu vilajoun
avèn cala lis iue subre lou tèms que coulo… 

Le long d’une rivière, en ce petit village,
nous avons baissé les yeux sur le temps qui coule…

Lusernàri dóu Cor flecha — Lucernaire du Cœur fléché, Pouèmo II, p. 256

Constantine

Carrejan un sang grè dins noste sang ligour,
vièi sang terradounen autant vièi que li sabo… 

Le sang grec se mêle à notre sang ligure,
vieux sang terrien aussi vieux que les sèves…

Cantico pèr nosto Amo roumano — Cantique pour notre Âme romane

La Touloubre en aval de Cornillon

Noun sabes rèn enca. Veses, sout li rampau,
li pège, arrengueirra parié que de coulouno,
di glèiso de fuiage acantouna li nau.
Veses, sout lis arcèu, l’espàci que raiouno
d’aquelo roso en plen mitan
qu’estampo lou soulèu de soun cor esclatant.

Tu ne sais rien. Tu vois, sous les rameaux,
les troncs, alignés comme des colonnes,
soutenir les nefs des églises de feuillage.
Tu vois, sous les arceaux, l’espace qui rayonne
de cette rose au beau milieu
qu’imprime le soleil de son cœur éclatant.

Danso de la Pauro Ensouleiado — Danse de la Pauvre Ensoleillée, Pouèmo II, p. 12

Le Pont-Flavien

Deja sabian que Roumo, estènt que sian si fiéu,
avié fa sout l’arcèu passa si legiounàri… 

Déjà, étant aussi fils de Rome, nous savions
qu’elle avait fait sous l’arceau passer ses légionnaires…

Cantico pèr nosto Amo roumano — Cantique pour notre Âme romane

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