Category: Escapades littéraires (Page 1 of 2)

Escapades littéraires

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Les escapades littéraires ont été initiées par le Centre Mas-Felipe Delavouët en 2007. Elle permettent aux adhérents de découvrir des lieux qui ont inspiré le poète. Des lectures, ponctuant les déambulations, donnent à voir ces paysages à travers la parole de l’auteur.

Escapade 2018

Art roman en Provence (2018)

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Escapade du 29 Septembre 2018, de Saint Gilles, quatrième des grands lieux de pèlerinage au moyen-âge, après Rome, Jérusalem et Saint-Jacques de Compostelle à Saint Trophime d’Arles, Sainte Croix de Montmajour et la chapelle Saint Gabriel près de Tarascon.

La visite était commentée par Marie-Françoise Griffeuille, Conservateur en chef honoraire du patrimoine.

Tout au long de l’escapade, des textes inédits sur des sculptures ont été lus. Ces textes étaient pour la plupart extraits de la maquette du livre Images romanes de Provence demeuré inédit. A été également lu un passage du Cantique pour notre âme romane.

I mèstre qu’an sachu
d’un cisèu bèn pounchu
dire la glòri umano
en partejant la lus
emai l’oumbro à noun plus
sus la pèiro roumano;

is escultour roman
qu’an sachu de sa man
dire de Diéu l’image,
la Maire emai l’Enfant
lou courtège que fan
lou bestiàri e li Mage

Aux maîtres qui ont su,
d’un ciseau bien pointu,
dire la gloire humaine
partageant sans cesse
ombre et lumière
sur la pierre romane;

aux sculpteurs romans
qui ont su de leur main
dire de Dieu l’image,
la Mère et l’Enfant,
le cortège que font
les bêtes et les Mages.

Dédicace d’Images romanes de Provence.(inédit)
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Marseille : 5 septembre 2015

Escapade littéraire à Marseille pour le 25ème anniversaire de la disparition du poète : îles du Frioul, Vieux Port vu du Pharo, tour de la Corniche, la Vieille-Chapelle, promenade vers les Goudes et arrêt face à l’île Maïre.

Lectures :

Que la mar vèngue emai revengue, que lou tèms,

un cop la niue, un cop lou jour, bate la terro

e, tambèn, ersejant au cèu que lou countèn,

dis aigo retipant la testardo coulèro,

            à grand bacèu d’oumbro e de lus,

l’ome, sablo tambèn, lou gausigue à noun plus…

 

Que la mer vienne et revienne, que le temps

une fois la nuit, une fois le jour, batte la terre

et, faisant ses vagues au ciel qui le contient,

reflétant la colère têtue des eaux,

à grands coups d’ombre et de lumière,

use indéfiniment l’homme, sable lui aussi.

 

Pouèmo pèr Evo — Poème pour Eve, Pouèmo I, p. 38.

 

photo Martine Mantoan

 

 

Mar di milo camin, mar duberto en ventau,

quand la duerbe dóu nas, quand s’avasto e regisclo,

que gardara d’aquel espousc moun cor mortau ?

Balin-balan, d’aqui-d’eila, turtant lis isclo,

            m’en vau toujour bouscan lou friéu

vers l’unique camin di terro que voudriéu.

 

Mer aux mille chemins, mer ouverte en éventail,

quand je la fends de mon étrave, quand elle s’épand et jaillit,

que gardera de cette éclaboussure mon cœur mortel ?

De-ci, de-là me balançant, heurtant les îles,

je vais toujours cherchant le passage

vers l’unique chemin des terres désirées.

 

Ço que Tristan se disié sus la mar — Ce que Tristan se disait sur la mer, Pouèmo I, p. 210.

 

photo Martine Mantoan

 

 

Lou vènt de moun desir pòu veni ventoulet

que, buta pèr lou vanc d’uno aussado tranquilo,

pode ameina la velo e passa lou goulet :

aro, au darnié pourtau, m’avance vers ma vilo

            e trouve enfin lou port preclar

souto l’arco de cèu que joun dous castelar.

 

Le vent de mon désir peut devenir vent plus doux

puisque, poussé par l’élan d’une houle tranquille,

je puis amener la voile et passer le goulet :

maintenant, au dernier portail, je m’avance vers ma ville

et trouve enfin le port lumineux

sous l’arche de ciel qui relie deux châteaux forts.

 

Ouresoun de l’Ome de vèire — Oraison de l’Homme de verre, Pouèmo IV, p. 118.

 

 

 photo Martine Mantoan

 

 

Calanco entredurbido entre vòsti testau,

d’un clot d’eigueto molo à l’aucèu farés douno.

Quete recatadou capitarai antau ?

Troubarai-ti lou port ounte l’erso abandouno

            sa coulèro sus lis estèu

un cop que pòu plus mordre e l’ome e lou batèu ?

 

Calanques entrouvertes entre vos promontoires,

vous donnerez à l’oiseau un havre d’eau aisible.

Quel refuge trouverai-je, moi aussi ?

Trouverai-je le port où la vague abandonne

sa colère sur les récifs

lorsqu’elle ne peut plus mordre et l’homme et le bateau ?

 

Ço que Tristan se disié sus la mar — Ce que Tristan se disait sur la mer, Pouèmo I, p. 180.

 

photo Martine Mantoan
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Aigues-Mortes : 4 octobre 2014

 

Escapade littéraire via la Camargue vers Aigues-Mortes, lieu de la Cansoun de la mai auto Tourre, après avoir franchi le Rhône sur le bac, longé l’étang du Vaccarès (lectures de Joseph d’Arbaud), fait une halte à l’église des Saintes-Maries-de-la-Mer (lectures de Frédéric Mistral).

 

Vilo di vendemiaire en raro di palun

te noume d’un vièi noum tout bagna d’aigo morto.

 

Ville des vendangeurs sur le bord des marais

je te nomme d’un vieux nom tout mouillé d’eaux mortes.

 

Cansoun de la mai auto Tourre — Chanson de la plus haute Tour, Pouèmo I, p. 168.

 

 

Vue d’Aigues-Mortes prise du nord : église paroissiale Notre-Dame-des-Sablons, rempart sud-ouest, étang de la ville, mer.

Cliché Baptiste Rossi, https://commons.wikimedia.org/wiki/File%3AToits_d’Aigues-Mortes.jpg

 

 

Ansin parlo lou prince à la tourre acouida…

 

Ainsi parle le prince à la tour accoudé…

 

Cansoun de la mai auto Tourre — Chanson de la plus haute Tour, Pouèmo I, p. 134, 142, 156, 166.

 

Cliché Martine Mantoan

 

Dóu founs dis ouro morto ausisse soun quilet

Qu’à la mai auto tourre e me sono e m’atrivo.

Quand l’arquié vèi la luno au dessus di merlet…

 

Du fonds des heures mortes, j’entends son cri aigu

qui m’appelle et me pousse à la plus haute tour.

Quand l’archer voit la lune au-dessus des créneaux…

 

Cansoun de la mai auto Tourre — Chanson de la plus haute Tour, Pouèmo I, p. 132.

 

Cliché Martine Mantoan

 

 

Tau lou pilot sousprés sout sa velo inmoubilo,

que s’areno, sènt plus soun carenau nada

e que, soul sus la pro douminant touto uno ilo,

dèu dire tourre à soun batèu,

tau lou prince se tanco au cimèu dóu castèu.

 

Tel le pilote, surpris sous sa voile immobile,

qui s’ensable, ne sent plus nager sa carène,

et, seul sur la proue dominant toute une île,

doit appeler « tour » son bateau,

tel le prince s’immobilise au sommet du château.

 

Cansoun de la mai auto Tourre — Chanson de la plus haute Tour, Pouèmo I, p. 166.

 

Cliché Martine Mantoan

 

Pastiero pleno à bord, vers la vilo, li càrri

soun revengu pèr li camin de caladat

e touto la vendèmi es jouncho dins li bàrri…

 

Sous leurs corbeilles débordantes, vers la ville, les chars

sont revenus par les chemins de pierres

et toute la vendange est resserrée dans les remparts…

 

Cansoun de la mai auto Tourre — Chanson de la plus haute Tour, Pouèmo I, p. 134.

 

Cliché Martine Mantoan

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Descente du Rhône : 21 septembre 2013

Escapade sur le Rhône d’Avignon à Arles, dans le sillage du poème de Histoire du Roi mort qui descendait le fleuve,  accompagnée de lectures tout au long du trajet.

 

O flume, lié reiau de touto reiauta !

recampes tout soulèu i reco de la terro

que touto aigo vers tu adus touto clarta !

Fau qu’atrives tambèn lou rei mort e la sero

            pèr li counfoundre ensèmble au clot

di ribo abouscassido ount cascaioun ti flot.

 

Ô fleuve, lit royal de toute royauté,

tu recueilles tout soleil aux ravins de la terre

puisque toute eau vers toi apporte toute clarté !

Il faut que tu attires pareillement le roi mort et le soir

pour les confondre ensemble au creux

des rives boisées où clapotent tes flots.

 

Istòri dóu Rei mort qu’anavo à la desciso — Histoire du Roi mort qui descendait le fleuve, Pouèmo II, p. 122.

 

Cliché Anne Congès

 

Davales, tranquilas… Passes, o rèi, davans

de baselico en flour ount plouron de béulòli ;

e creson, li creserèu, que i’a de trevan

pèr ploura quauque rèi d’uno autro metroupòli

            que vèn, esprès, de vira l’iue

pèr navega davans sa vilo à miejo-niue.

 

Tu descends, fort paisible… Tu passes, ô roi, devant

des basiliques en fleurs, où pleurent des chats-huants ;

et croient, les crédules, qu’il est des esprits

pour pleurer quelque roi d’une autre métropole

qui vient d’expirer tout exprès

pour naviguer devant leur ville à la minuit.

 

Passes, o rèi, davans de tourre e de dounjoun

ount d’astroulò passon sa man dedins sa barbo

sèns coumprene jamai quete liame rejoun

lis astre pèr sa coueto e n’en sarra la garbo

            sèns que ié toumbe sus lou su

e quau pòu la teni d’un poung tant calossu…

 

Tu passes, ô roi, devant des tours et des donjons

où des astrologues passent leur main dans leur barbe

sans comprendre jamais quel lien réunit

les astres par la tige pour en serrer la gerbe

sans qu’elle leur tombe sur la tête

et qui peut bien la tenir d’un poing si musculeux…

 

Istòri dóu Rei mort qu’anavo à la desciso — Histoire du Roi mort qui descendait le fleuve, Pouèmo II, p. 126.

 

 

Cliché Anne Congès

 

Fin qu’au soulèu canto soun oumbro is Aliscamp,

e noun tapon li vènt ni lis aigo clarino

la memòri d’un rèi qu’eterniso soun cant.

Ansin dessus li mar volo l’aiglo marino

            que seguis li vènt alisa

sèns trouba l’autro ribo ount poudrié se pausa.

 

Jusqu’au soleil chante son ombre aux Alyscamps,

et ni les vents ni les eaux à voix claire ne recouvrrent

la mémoire d’un roi que son chant éternise.

Ainsi, sur les mers, vole l’aigle marin

qui suit les vents alizés

sans trouver l’autre rive où il pourrait se poser.

 

Istòri dóu Rei mort qu’anavo à la desciso — Histoire du Roi mort qui descendait le fleuve, Pouèmo II, p. 134.

 

Cliché Anne Congès

 

Le Pont-Flavien de Saint-Chamas

Le long de la Touloubre : 6 octobre 2012

Escapade littéraire sur le parcours du Cortège de la Belle Saison (Grans, Cornillon, la Touloubre, Pont-Flavien, Petite Camargue de Saint-Chamas).

Lectures :

 

Éu pourtavo sa roso ardento e si raioun,

En bouscant quauque amour qu’èro encaro de soubro

Dins un pantai de vilo eila vers Cournihoun…

Cavaucavo de long l’enfuiado Touloubro

            E tremudavo en paradis

A l’aflat de sa flour li pus pàuri pendis.

 

Il portait sa rose ardente et ses rayons

en cherchant quelque amour qui demeurait encore

dans un rêve de ville, là-bas, vers Cornillon…

Il chevauchait le long de la Touloubre enfeuillée

Et, sous l’influence de sa fleur,

Il transmuait en paradis les plus pauvres côteaux.

 

Pèiro escricho de la Roso — Pierre écrite de la Rose, Pouèmo II, p. 102.

 

 

La Touloubre en aval de Cornillon

Cliché Anne Congès

 

 

I’a lou valat de la baisso que vai lou long

La draio mounte vas, o prince, emé ta colo ;

Quouro vènen travers, lou passes sus un pont

E devistes alor au founs dis aigo folo

            Li róugi cor, li drapèu blanc

Ansin qu’uno bugado estampado de sang.

 

Il y a le ruisseau de la vallée qui accompagne

le chemin où tu vas, ô prince, avec ta troupe ;

lorsqu’il vient en travers, tu le passes sur un pont

et tu discernes alors au fond des folles eaux

les rouges cœurs, les drapeaux blancs

ainsi qu’une lessive estampée de sang.

 

Courtege de la bello sesoun — Cortège de la belle saison, Pouèmo I, p. 74.

 

Le Pont-Flavien de Saint-Chamas

 Cliché Anne Congès

 

La Petite Camargue de Saint-Chamas

Cliché Martine Mantoan
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Glanum et Vernègues : 3 septembre 2011

Escapade littéraire à Glanum et Château-Bas, avec des lectures du chant VII du Cant de la tèsto pleno d’abiho (Chant de la tête pleine d’abeilles) :

 

Eu, de l’estounamen sènt sis iue se gounfla

que tant de maubre à bóudre e de test de téulisso,

tant de coulouno routo e de pourtegue ascla

ié vènon remembra lis oustau long di liço

            e, dins li tros d’un quiéu-de-four,

la baselico en glòri à la crous dóu cafour.

 

Lui, de l’étonnement, sent ses yeux se gonfler,

car tant de marbres épars et de tessons de toitures,

tant de colonnes brisées et de portiques lézardés

lui viennent rappeler les maisons le long des avenues

et, dans les fragments d’une abside,

la basilique en gloire à la croix du carrefour.

 

Cant de la tèsto pleno d’abiho — Chant de la tête pleine d’abeilles, Pouèmo V, p. 102.

 

Fouilles de Glanum : maisons, basilique, Mont Gaussier.

Photo Anne Congès

 

<…>

 

« Perqué — se pènson — sian aqui tóuti rejoun

coume au claus de sa jasso un rai de moutounaio

o coume dins sa tourre un nivo de pijoun ?

Au mai prefound dóu cor quet rampèu de sounaio

            o quet istint bèn mai qu’anti

dins li mémi rampar nous amoulouno-ti ? »

 

« Pourquoi — pensent-ils — sommes-nous là tous réunis

comme au milieu de sa bergerie un troupeau de moutons

ou comme dans leur tour une nuée de pigeons ?

Au plus profond du coeur quel appel de sonnaille

ou quel instinct bien plus qu’antique

dans les mêmes remparts vient-il nous rassembler ?

 

Belèu n’es rèn, proumié, que, di roco espilant,

l’aigo sènso sournun d’uno font miraclanto :

e la chourmo póussouso e lasso d’ana plan,

un jour, à bout d’alen, pèr s’abéura s’aplanto.

            Se dison pièi, li vouiajour,

que poudrien viéure à ras d’aquelo aigo, toujour.

 

Peut-être n’est-ce rien, d’abord, que, coulant des roches,

l’eau sans ombres d’un fontaine miraculeuse :

et la horde poussiéreuse et lasse d’avancer lentement

un jour, à bout de souffle, pour s’abreuver s’arrête.

Les voyageurs se disent alors

qu’ils pourraient, pour toujours, vivre auprès de cette eau.

 

Cant de la tèsto pleno d’abiho — Chant de la tête pleine d’abeilles, Pouèmo V, p.  104.

 

Fouilles de Glanum : source monumentale.

Photo Anne Congès

 

<…>

 

Mounte soun li bèu diéu dins lou maubre esculta

e lou pastre grava dins la lauso arcaïco ?

An toumba dins l’óublit sènso mai resista

e li pèis couëjant subre sa mousaïco

            se soun nega, pres au fielat,

dins un grand oucean pèr la niue coumoula.

 

Où sont les beaux dieux dans le marbre sculptés

et le berger gravé dans la dalle archaïque?

Ils sont tombés sous l’oubli sans autre résistance

et les poissons remuant la queue sur leur mosaïque

se sont noyés, pris au filet,

dans un grand océan comblé par la nuit.

 

Cant de la tèsto pleno d’abiho — Chant de la tête pleine d’abeilles, Pouèmo V, p.  106.

 

Fouilles de Glanum : mosaïque au filet et aux dauphins.

Photo Anne Congès
PENTAX Image

Marseille : Avril 2010

Escapade littéraire à Marseille avec sortie en mer. Lectures extraites de : Pouèmo pèr Evo, Ço que Tristan se disié sus la mar, Lusernàri dóu cor flecha, Ouresoun de l’Ome de vèire.

 

Que countèmple uno vóuto, en aplanant moun vanc,

mis isclo, mi belòri à l’escrin de la rado !

 

Que je contemple un moment, en arrêtant ma course,

mes îles, mes joyaux à l’écrin de la rade !

 

(Ouresoun de l’Ome de Vèire – Oraison de l’Homme de Verre, Pouèmo IV, p. 114).

 

Marseille, îles du Frioul.

Cliché Martine Mantoan

 

Darnié li mast tapant d’un mesclun de fourèst

tant veissèu prefoundié que beto de pescaire,

darnié li quèi garni de banasto e d’arrèst,

de la gleiso dóu founs à-n-aquéli de caire,

            vese un bàrri d’oustau levant

si bigado en pavés autour de l’arrivant.

 

Derrière les mâts recouvrant d’un fouillis de forêt

aussi bien vaisseaux de grand tirant d’eau que barques de pêcheurs,

derrière les quais encombrés de corbeilles et de filets,

de l’église du fond à celles qui sont par côtés,

je vois un rempart de maisons élevant

leurs lessives en pavois autour de l’arrivant.

 

Ouresoun de l’Ome de Vèire – Oraison de l’Homme de Verre, Pouèmo IV, p. 118.

 

Marseille, entrée du port.

Cliché Martine Mantoan

 

Lou pouèmo que dise es uno grando flour

que s’emparo d’un cor, pièi un cor estalouiro

dins un rond que fai naisse un round mai vaste autour.

Ansin la mar fin qu’à si ribo se doulouiro,

            En tremudant en flot cantant

Lou mau incouneigu que brèsso en soun mitan.

 

Le poème que je dis est une grande fleur

qui s’empare d’un cœur pour le répandre ensuite

en un un rond qui fait naître un rond plus vaste autour.

Ainsi la mer jusqu’à ses rives se lamente,

En transmuant en flots chanteurs

Le mal sans nom qu’elle berce au milieu d’elle.

 

Ço que Tristan se disié sus la mar — Ce que Tristan se disait sur la mer, Pouèmo I, p. 210.

 

 

Lecture de Pouèmo.

Cliché Martine Mantoan

En Camargue : 9 mai 2009

Escapade littéraire en Camargue, avec des lectures de Folco de Baroncelli, Joseph d’Arbaud, Frédéric Mistral et, pour Max-Philippe Delavouët, à Saint-Gilles : des textes inédits d’Images romanes de Provence ; à Aigues-Mortes : extraits de la Cansoun de la mai auto Tourre (Chanson de la plus haute Tour).

 

Saint-Gilles

 

Is escultour rouman qu’an sachu de sa man

dire de Diéu l’image,

la Maire emai l’Enfant,

lou courtège que fan

lou bestiàri e li Mage.

 

Aux sculpteurs romans

qui ont su de leur main

dire de Dieu l’image,

la Mère et l’Enfant, le cortège que font

les bêtes et les Mages.

 

Images romanes de Provence (inédit).

 

Abbatiale de Saint-Gilles, tympan nord, adoration des Mages.

 

 

Aigues-Mortes

 

E iéu, de que siéu mai qu’un vihaire un pau las

que guèiro dins sa gàbi e vèi l’aubo avans éli.

Pèr óublida, moundaut, la niuechado e soun glas,

ruso de prince es de sourrire e d’agué l’iéli.

            Au resvèi dis ome dirai

coume èron bèu li moustre au païs de l’esfrai.

 

Et moi, qui suis-je ? Sinon un veilleur un peu las

qui guette dans sa hune et voit l’aube avant eux.

Pour oublier là-haut la nuit et sa froidure,

ruse de prince est de sourire et d’avoir bon courage.

Au réveil des hommes je dirai

combien étaient beaux les monstres au pays de l’effroi.

 Cansoun de la mai auto Tourre — Chanson de la plus haute Tour, Pouèmo I, p. 168.

 

Aigues-Mortes, tour de Constance et rempart.

 

Vers Arles : 3 mai 2008

Escapade vers Arles en passant par les chapelles romanes de Saint-Gabriel et de Sainte-Croix à Montmajour (lectures extraites du Cantique pour notre Âme romane). Arles, les arènes, Saint-Trophime, le Rhône, les Alyscamps (lectures tirées du Petit Zodiaque illustré, Poème pour Ève, inédits d’Images romanes de Provence, Histoire du Roi Mort qui descendait le Fleuve).

 

Saint-Gabriel

E coumo lou divin demouro famihié !
Vòsti sant an memo caro que nòsti pastre,
e coumo Evo, moun Diéu, sèmblo nòsti mouié !
E coumo Adam nous sèmblo à travès si malastre !
Es, moun Diéu, qu’en plen vènt avèn mes l’ataié
              e que la glòri nostro
nautre l’avèn retracho en racountant la vostro. 

Et, combien le divin demeure familier !
Vos saints ont mêmes visages que nos bergers,
et combien Ève, mon Dieu, ressemble à nos femmes !
Et combien Adam nous ressemble à travers ses malheurs !
C’est, mon Dieu, qu’en plein air était notre atelier
et que notre gloire, nous,
nous l’avons retracée en racontant la vôtre.

Cantico pèr nosto Amo roumanoCantique pour notre Âme romane.

 

Tarascon_Saint_Gabriel_42

 

 

 

 

 

 

Chapelle Saint Gabriel (Tarascon), tympan.

Wikimédia Commons « Tarascon Saint Gabriel 42 » par Reinhardhauke —
Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons –
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Tarascon_Saint_Gabriel_42.JPG#
/media/File:Tarascon_Saint_Gabriel_42.JPG

 

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Détail du tympan : Adam et Ève avec le serpent.

 http://jalladeauj.fr/obscenite/page1/page2/files/st-gabriel-11_2.jpg

Montmajour, Sainte-Croix

E, moun Diéu, quauco part, en Arle, en Avignoun,
vuei qu’un travai bèn fa devèn causo poussiblo
d’abord que siéu à mand d’èstre un bon coumpagnoun
e que, pèr lou cisèu, pode leissa la tiblo,
sus lou gres de mi vièi engrave voste nounAbbaye de Montmajour (Bouches-du-Rhône, France, 2008)
          pièi, alentour, ié crose
lou blad de moun vilage emé la flour de Rose. 

Et, mon Dieu, quelque part, à Arles, à Avignon,
maintenant qu’un travail bien fait devient possible
puisque je suis sur le point d’être bon compagnon
et que, pour le ciseau, je puis laisser la truelle,
sur la pierre de mes aïeux je grave votre nom
puis, autour, j’y enlace
le blé de mon village et la fleur du Rhône.

Cantico pèr nosto Amo roumano — Cantique pour notre Âme romane.

 

 

 

 

 

 

 


 

 

Arles, abbaye de Montmajour.

par Airair — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons – https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Abbaye_de_Montmajour_%E2%80%94_
Vue_g%C3%A9n%C3%A9rale_(c%C3%B4t%C3%A9_est).jpg#/media/

Arles

Dise : vilo, ma vilo ! e te vese, eilabas,
coumo uno isclo que l’or d’uno ersejado doublo,
tant pèr cèu que pèr terro, embrumo si roucas.
Vilo dei meissounaire ensarrado d’estoublo,
         ai jamai sachu  demescla
se sentien, teis oustau, lou soulèu o lou blad. 

Je dis : ville, ma ville ! Et je te vois au bord de la vallée
comme une île dont l’or d’un double élan de vagues,
venu du ciel aussi bien que de la terre, embrume les rochers.
Ville des moissonneurs tout entourée d’éteules,
je n’ai jamais su démêler
si tes maisons sentaient le soleil ou le blé.

Lou Pichot Zoudiaque ilustra : Lou LiounLe Petit Zodiaque illustré : Le Lion, Pouèmo II, p. 154.

Arles vue du Rhône.

Cliché Anne Congès

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